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Jean-Pierre
Vernant, Entre mythe et politique. Ce recueil, composé d'articles et d'entretiens ainsi que de textes inédits, permet au lecteur de retracer le parcours du chercheur, Jean-Pierre Vernant, auteur notamment de Mythe et pensée chez les Grecs (1965) et de La Mort dans les yeux. Figures de l'autre en Grèce ancienne (1985). Comme le titre l'indique, mythe et politique, loin de se contredire, guident l'auteur vers la définition d'un humanisme qui se déduit à la fois de la réflexion que suscitent Résistance, militantisme et échec du communisme et de la recherche sur les mythes grecs, à laquelle Jean-Pierre Vernant a consacré sa vie, de la ruse, ou métis, dont le dieu Hermès, entre autres, s'avère un symbole, au face-à-face avec l'altérité radicale par le regard pétrifiant de Méduse. Sous le titre "Socrate géorgien", l'auteur évoque le philosophe Merab Mamardachvili, comparable au penseur grec par sa croyance en la parole comme "acte éternel auquel nous participons en tant qu'hommes" (p. 604). Voici le premier sens du mot "mythe", "parole" (voir p. 251), la "raison grecque" se fondant sur "l'échange verbal" (p. 35). Le mythe, loin de constituer un discours tranché, blanc d'un côté et noir de l'autre, propose "une logique de l'ambigu, de l'opposition complémentaire, de l'oscillation entre des pôles contraires" (p. 38). Il permet de figurer les désirs et les craintes par le truchement des symboles, cette activité symbolique fondant en propre l'humain : "Il n'y a pas d'immédiat chez l'homme. Tout se passe à travers des constructions symboliques." (p. 29) Le mythe n'appelle pas la croyance, mais permet de rendre visible ce qui échappe à la vision claire. De même, "la fiction est posée au départ de la tragédie". Le tragique se fonde sur la distance des figurations et "raconte un passé périmé" (p. 444) "Le mode tragique est un mode pathétique qui pose des questions sur l'homme, qui s'interroge – mais pas sur les événements contemporains." (p. 443) "Entre mythe et politique", Jean-Pierre Vernant
participe de façon critique au monde contemporain par son engagement militant
tout en esquissant, par ses analyses des mythes et de l'homme grecs, une
certaine image de l'Autre. "Ainsi ce que nous sommes, notre visage
et notre âme, nous le voyons et connaissons en regardant l'œil et l'âme
d'autrui. L'identité de chacun se révèle dans le commerce avec l'autre,
par le croisement des regards et l'échange des paroles." (pp.
220-221) |
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Emile
Zola, Au Bonheur des Dames. Première
édition, 1883.
Ce roman, très captivant, mêle une histoire d'amour qui
se termine bien et la critique des méthodes modernes de vente à
l'époque de la création des grands magasins. Le titre de
l'ouvrage reprend le nom de l'enseigne qui fait la fortune d'Octave Mouret
grâce à son habileté commerciale : promotions, publicité,
aménagement intérieur des magasins. "Mouret avait l'unique
passion de vaincre la femme. Il la voulait reine dans sa maison, il lui
avait bâti ce temple, pour l'y tenir à sa merci. C'était
toute sa tactique, la griser d'attentions galantes et trafiquer de ses
désirs, exploiter sa fièvre. Aussi, nuit et jour, se creusait-il
la tête, à la recherche de trouvailles nouvelles." (Chapitre
IX) Inutile d'insister aujourd'hui sur l'actualité de cette analyse.
Quant à l'histoire d'amour, elle s'apparente à un conte
de fée puisque la modeste Denise, employée au Bonheur des
Dames, finit par "vaincre" sans le vouloir la résistance
de Mouret qui, véritablement, la "fait reine dans sa maison". |
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